Publié le 18 mars 2024

Non, les frais de notaire ne se négocient pas. Ils s’optimisent par une qualification juridique précise de ce que vous achetez.

  • Isolez la valeur du mobilier (cuisine, électroménager) pour réduire la base taxable.
  • Payez les frais d’agence immobilière séparément pour qu’ils ne soient pas soumis aux droits de mutation.

Recommandation : L’essentiel est de distinguer ce qui relève de l’immeuble (lourdement taxé) de ce qui en est détachable (meubles, services). Conservez toutes les preuves (factures, photos) pour justifier la valeur du mobilier déduit en cas de contrôle.

Pour tout acheteur immobilier, le calcul des frais de notaire est souvent une étape redoutée. Cette somme, qui s’ajoute au prix du bien, peut représenter une part conséquente du budget total et sembler difficile à anticiper. Face à ce montant, le premier réflexe est souvent de se demander : « peut-on négocier ces frais ? ». La plupart des conseils se concentrent sur des astuces comme demander une ristourne au notaire ou lister quelques meubles à la va-vite.

Pourtant, cette approche passe à côté de l’essentiel. La véritable clé pour optimiser ces coûts ne réside pas dans une improbable négociation, mais dans une démarche beaucoup plus structurée et rigoureuse : une « qualification juridique » précise de votre acquisition. En tant que clerc de notaire, mon rôle est de vous éclairer sur ce qui est réellement possible. Il ne s’agit pas de marchander, mais de ventiler intelligemment la valeur de ce que vous achetez pour ne payer les taxes que sur ce qui est strictement immobilier.

Cet article va vous guider pas à pas dans cette logique. Nous commencerons par déconstruire la notion de « frais de notaire » pour comprendre où va réellement votre argent. Ensuite, nous explorerons les leviers légaux et efficaces pour réduire l’assiette taxable, et nous démystifierons les fausses bonnes idées. Vous apprendrez à agir non pas comme un négociateur, mais comme un acheteur informé et stratégique.

Pour vous aider à naviguer dans les subtilités de l’optimisation des frais d’acquisition, ce guide est structuré pour vous apporter des réponses claires et actionnables. Voici les points que nous allons aborder en détail.

Pourquoi 80% de ce que vous payez au notaire part directement dans les caisses de l’État ?

Avant même d’envisager une réduction, il est crucial de comprendre ce que recouvrent réellement les « frais de notaire ». C’est un abus de langage courant : le notaire n’est en grande partie qu’un collecteur d’impôts pour le compte de l’État. La structure de ces frais est la première clé pour comprendre pourquoi la « négociation » est un mythe. En réalité, ce que vous payez se décompose en plusieurs postes bien distincts.

La part la plus importante, de loin, est constituée des taxes et impôts. Des analyses détaillées confirment que près de 80% des frais de notaire sont des taxes reversées à l’État et aux collectivités locales. Ces « droits de mutation à titre onéreux » (DMTO) sont calculés sur le prix de vente et leur taux est fixé par la loi. Le notaire ne fait que les appliquer et les transférer au Trésor Public. Il n’a aucune marge de manœuvre sur cette partie.

La somme restante se ventile principalement comme suit :

  • Les émoluments du notaire (environ 10%) : C’est la rémunération réelle de l’office notarial pour la rédaction de l’acte, les vérifications et sa responsabilité. Cette rémunération est elle-même très encadrée par un barème national et proportionnelle au prix du bien.
  • Les débours (environ 10%) : Il s’agit du remboursement des sommes que le notaire a avancées pour votre compte afin d’obtenir les documents nécessaires (cadastre, documents d’urbanisme, etc.).
  • La contribution de sécurité immobilière (0,10% du prix) : Une taxe destinée à la publicité foncière.

Une fois cette structure comprise, il devient évident que l’optimisation ne peut porter que sur la réduction de la base de calcul de ces taxes, et non sur les taux eux-mêmes. C’est tout l’enjeu de la qualification juridique : extraire de la vente tout ce qui n’est pas « immeuble par nature » pour réduire l’assiette taxable.

Cuisine et placards : comment la liste du mobilier permet d’économiser 2000 € de frais ?

Le levier le plus connu et le plus efficace pour réduire la base taxable est la déduction de la valeur des biens mobiliers laissés dans le logement. Le principe juridique est simple : les droits de mutation ne s’appliquent qu’à la valeur de l’immeuble. Tout ce qui peut être considéré comme un « meuble meublant » (c’est-à-dire qui peut être retiré sans détériorer le bien) peut être valorisé et déduit du prix de vente avant le calcul des frais.

Cela inclut des éléments évidents comme l’électroménager (réfrigérateur, lave-vaisselle, four non encastré), mais aussi des éléments de cuisine (meubles hauts et bas s’ils sont simplement fixés au mur), des placards, des tringles à rideaux, ou même une tondeuse à gazon. Pour un bien vendu 250 000 € avec 10 000 € de mobilier valorisé, les frais de notaire (d’environ 8%) ne seront calculés que sur 240 000 €, générant une économie d’environ 800 €.

Cuisine équipée moderne avec éléments amovibles et électroménager

Comme le montre cette cuisine moderne, de nombreux éléments peuvent être qualifiés de mobiliers. L’enjeu est de les lister et de leur attribuer une valeur réaliste. L’administration fiscale accepte généralement une déduction pouvant aller jusqu’à 5% maximum du prix de vente pour la déduction mobilier sans demander de justificatifs trop poussés, mais ce n’est pas une règle absolue. Au-delà, un contrôle est plus probable.

Par exemple, pour un bien de 180 000 €, il est tout à fait envisageable de déduire jusqu’à 9 000 € de meubles si leur valeur est justifiée. Les frais de notaire seraient alors calculés sur 171 000 €, représentant une économie substantielle. La clé est la rigueur : la liste doit être détaillée, chiffrée de manière cohérente (en tenant compte de la vétusté) et annexée au compromis de vente.

Liste des meubles laissés : comment réduire les frais de notaire de l’acheteur légalement ?

Passer du principe de la déduction du mobilier à sa mise en œuvre pratique demande de la méthode. Une liste de meubles mal établie ou surévaluée peut être rejetée par l’administration fiscale, annulant l’économie espérée et entraînant un redressement. Pour sécuriser cette démarche, il faut constituer un véritable dossier justificatif. C’est un travail qui doit être fait en amont, avec l’accord du vendeur, avant la signature du compromis de vente.

La démarche doit être transparente et formalisée. Le notaire intégrera cette liste dans les documents officiels, mais il ne peut pas inventer la valeur des biens. C’est à vous, acheteur et vendeur, de vous accorder sur un inventaire juste. Soyez raisonnable : un meuble acheté 1000 € il y a cinq ans ne vaut plus 1000 €. Appliquez une décote de vétusté réaliste (par exemple, -10% à -20% par an selon le type de bien).

Comme le souligne un expert fiscal dans le guide de Hosman sur la réduction des frais de notaire :

L’administration fiscale peut vous réclamer les factures en cas de doute sur votre déclaration

– Expert fiscal, Hosman – Guide de réduction des frais de notaire

Cette mise en garde souligne l’importance de la préparation. Votre objectif est de construire un dossier qui ne laisse aucune place au doute. Pour cela, un plan d’action précis est nécessaire.

Votre plan d’action pour une liste de mobilier inattaquable

  1. Inventaire détaillé : Établissez une liste précise de chaque meuble laissé (ex: « Four pyrolyse marque X, modèle Y »), co-signée par le vendeur et l’acheteur, avec une valeur estimée pour chaque ligne.
  2. Annexer au compromis : Assurez-vous que cette liste chiffrée et signée soit officiellement annexée au compromis de vente. C’est ce qui lui donne sa valeur juridique.
  3. Preuves visuelles : Prenez des photos datées de chaque élément mobilier listé. Elles serviront de preuve de leur existence et de leur état au moment de la vente.
  4. Justificatifs de valeur : Conservez les factures d’achat si le vendeur les possède. À défaut, faites des captures d’écran d’annonces de biens similaires d’occasion pour justifier la valeur que vous avez attribuée.
  5. Plafond de cohérence : Visez une valeur totale qui ne dépasse pas le seuil de 5% du prix du bien pour minimiser les risques d’un contrôle fiscal approfondi.

Mandat de recherche : pourquoi payer l’agence « hors acte » réduit votre base taxable ?

Le deuxième grand levier d’optimisation, après le mobilier, concerne les frais d’agence immobilière. La logique est exactement la même que pour les meubles : il s’agit d’isoler un service (la prestation de l’agent immobilier) de la transaction immobilière pure. Les droits de mutation ne s’appliquent qu’à la valeur de l’immeuble, pas aux honoraires d’intermédiation.

Pour que cette dissociation soit possible, une condition est impérative : les frais d’agence doivent être contractuellement à la charge de l’acquéreur. Si le mandat de vente initial stipule qu’ils sont à la charge du vendeur, ils sont inclus dans le prix affiché et donc dans l’assiette taxable. Si, en revanche, le mandat (ou un mandat de recherche) précise que c’est l’acheteur qui les paie, ils peuvent être sortis du prix de vente taxable.

Le paiement doit alors se faire séparément : vous payez le prix « net vendeur » au notaire le jour de la signature, et vous réglez les honoraires directement à l’agence immobilière. Cette distinction doit être clairement mentionnée dans le compromis de vente. Attention, cela implique que vous devez disposer des fonds nécessaires pour payer l’agence, car cette somme n’est généralement pas incluse dans le prêt immobilier.

L’impact de cette ventilation est loin d’être négligeable, comme l’illustre cette analyse comparative des configurations.

Impact des frais d’agence sur les frais de notaire
Configuration Prix total Base de calcul frais notaire Économie réalisée
Frais d’agence inclus 200 000 € 200 000 € 0 €
Frais d’agence séparés (10 000 €) 200 000 € 190 000 € ~800 €

Remise réglementée : dans quels cas (rares) le notaire peut-il vous accorder une remise ?

C’est la question que beaucoup d’acheteurs se posent : peut-on directement « négocier » avec le notaire ? La réponse est oui, mais dans un cadre extrêmement limité qui rend cette option souvent symbolique. Il ne s’agit pas d’une négociation au sens commercial du terme, mais d’une remise réglementée sur une petite partie de sa rémunération.

La loi autorise les notaires à accorder une remise sur leurs émoluments proportionnels, mais uniquement sur la tranche du prix de vente qui dépasse un certain seuil. Depuis une réforme, ce seuil a été abaissé, rendant la remise potentiellement plus accessible. En effet, depuis janvier 2021, les notaires peuvent accorder jusqu’à 20% de remise sur la part de leurs émoluments calculée sur les tranches de prix supérieures à 100 000 €.

Cependant, il est essentiel de comprendre trois choses. Premièrement, c’est une faculté, pas une obligation. Le notaire n’est absolument pas tenu de l’accorder. Deuxièmement, cette remise ne s’applique qu’à une fraction de ses émoluments, qui ne représentent eux-mêmes qu’environ 10% du total des « frais ». L’impact sur la facture finale est donc minime. Troisièmement, si le notaire décide d’appliquer un taux de remise, il doit l’appliquer à tous les clients de son étude pour des actes similaires.

Prenons un exemple concret pour un logement vendu 300 000 €. La remise s’applique sur la tranche de 200 000 € (300 000 – 100 000). Sur cette tranche, les émoluments TTC s’élèvent à environ 1 918 €. La remise maximale de 20% portera donc sur ce montant, soit une économie maximale de 383,52 €. C’est une somme appréciable, mais très loin des milliers d’euros que l’on peut économiser en optimisant la base taxable (mobilier, frais d’agence).

2,5% vs 7,5% : l’économie de frais de notaire compense-t-elle le prix plus élevé du neuf ?

Une autre piste d’optimisation majeure réside dans le choix du type de bien : acheter dans le neuf ou dans l’ancien. Sur ce point, la différence est drastique. Les « frais de notaire » pour un logement neuf (vendu sur plan ou achevé depuis moins de 5 ans et n’ayant jamais été revendu) sont d’environ 2% à 3% du prix de vente, contre 7% à 8% dans l’ancien. Cette différence s’explique principalement par l’absence de droits de mutation (DMTO) dans le neuf, remplacés par la taxe de publicité foncière à un taux bien plus faible (0,715%).

Cette économie substantielle doit cependant être mise en perspective avec le coût global de l’opération. En règle générale, à surface et emplacement équivalents, un bien neuf est vendu plus cher qu’un bien ancien. La question pour l’acheteur est donc de savoir si le surcoût à l’achat est compensé par l’économie sur les frais, ainsi que par d’autres avantages (absence de travaux, meilleures performances énergétiques, garanties constructeur).

Deux immeubles côte à côte représentant le neuf et l'ancien

La décision ne peut donc pas se baser uniquement sur le pourcentage des frais d’acquisition. C’est un calcul d’investisseur qui doit prendre en compte le prix d’achat, les frais, mais aussi les coûts futurs (charges de copropriété, travaux, consommation d’énergie) et les avantages fiscaux potentiels (comme le dispositif Pinel en cas d’investissement locatif).

Le tableau suivant, basé sur des données comparatives, met en évidence l’écart considérable des frais pour un même prix d’achat, comme le détaille une analyse des barèmes pour le neuf et l’ancien.

Comparaison des frais totaux neuf vs ancien
Type de bien Prix d’achat Frais de notaire Différence
Appartement neuf 500 000 € ~ 9 950 € Base
Appartement ancien 500 000 € ~ 34 803 € + 24 853 €

3,80% ou 4,50% : votre département applique-t-il le taux maximum de droits d’enregistrement ?

Dans la quête d’optimisation, un facteur est souvent ignoré car il ne dépend pas de l’acheteur mais de la géographie du bien : le taux des Droits de Mutation à Titre Onéreux (DMTO) appliqué par le département. Comme nous l’avons vu, ces droits constituent la majeure partie des « frais de notaire ». Depuis 2014, la quasi-totalité des départements français ont opté pour le relèvement du taux de la part départementale de ces droits, le faisant passer de 3,80% à 4,50%.

Cependant, une poignée d’irréductibles résiste. Acheter un bien dans l’un de ces départements permet de réaliser une économie automatique, sans aucune démarche particulière. Actuellement, seuls quatre départements français appliquent encore un taux réduit. Il s’agit de l’Indre (36), de l’Isère (38), du Morbihan (56) et de Mayotte (976). Dans ces territoires, le taux global des DMTO est d’environ 5,09% au lieu de 5,80% ailleurs.

Même si ce facteur ne peut, à lui seul, dicter un projet d’achat, il représente un avantage non négligeable pour les acheteurs dans ces zones. Pour un bien de 200 000 €, l’économie peut dépasser 1 400 €, ce qui est loin d’être anecdotique dans un plan de financement.

Le tableau suivant, inspiré des calculateurs de frais, permet de visualiser concrètement l’économie potentielle en fonction du département, comme le montrent les simulateurs de frais de notaire en ligne.

Comparaison des taux de droits de mutation par département
Département Taux DMTO (approx.) Frais pour 200 000€
97 départements 5,80665% ~11 613 €
Indre, Isère, Morbihan, Mayotte 5,09006% ~10 180 €
Économie potentielle 1 433 €

À retenir

  • La clé n’est pas la négociation mais la réduction de l’assiette taxable en distinguant l’immobilier du mobilier et des services.
  • Établissez une liste détaillée et justifiée du mobilier (cuisine, électroménager) pour la déduire du prix de vente, en restant sous le seuil de 5% du prix pour plus de sécurité.
  • Assurez-vous que les frais d’agence sont à la charge de l’acquéreur et payés séparément pour les exclure de la base de calcul des frais.
  • La « remise » du notaire est rare, limitée et a un impact marginal comparé aux autres leviers.

Au-delà de l’économie : comment cette optimisation sert votre projet patrimonial ?

L’optimisation des frais de notaire ne doit pas être vue comme une simple économie ponctuelle, mais comme le premier acte d’une stratégie patrimoniale intelligente. Chaque euro économisé lors de l’acquisition est un euro qui peut être immédiatement réalloué pour renforcer votre projet. Cet argent peut servir à augmenter votre apport personnel, réduisant ainsi le montant de votre emprunt et le coût total du crédit. Il peut aussi financer des travaux de rénovation ou d’aménagement qui créeront de la valeur dès le départ.

Pour un investisseur, l’impact est encore plus direct. Une économie de quelques milliers d’euros sur les frais d’acquisition améliore mécaniquement le ratio LTV (Loan-to-Value) et augmente le Taux de Rendement Interne (TRI) de l’opération sur le long terme. C’est un capital de départ supplémentaire qui travaille pour vous et accélère l’atteinte de vos objectifs, qu’il s’agisse de générer des revenus locatifs ou de viser une plus-value à la revente. Cette économie représente un effet de levier initial qui peut faire une différence considérable sur 10 ou 15 ans.

L’optimisation des frais d’acquisition s’inscrit donc dans une démarche globale. Elle doit être combinée à d’autres stratégies comme la négociation du prix du bien en amont, l’optimisation du taux de crédit et de l’assurance emprunteur, ou encore le choix d’un montage fiscal adapté à votre situation. C’est l’addition de ces optimisations qui transforme un simple achat immobilier en un véritable investissement performant.

Pour transformer cette économie en un véritable tremplin pour votre patrimoine, l’étape suivante consiste à l’intégrer dans une vision d’investissement à long terme, en considérant tous les leviers à votre disposition. Votre notaire ou un conseiller en gestion de patrimoine peuvent vous accompagner dans cette réflexion stratégique.

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