
La protection contre les loyers impayés ne se joue pas sur la sympathie du candidat, mais sur la rigueur procédurale de votre dossier en amont.
- La vérification des pièces doit être une enquête minutieuse, car la fraude documentaire est une réalité massive.
- Le bail n’est pas une simple formalité, mais votre principal acte de défense ; chaque clause compte et doit être inattaquable.
Recommandation : Adoptez une mentalité préventive : chaque document, chaque clause, chaque communication doit être pensé comme une pièce à produire devant un juge.
La crainte de la procédure d’expulsion, longue, coûteuse et éprouvante, paralyse de nombreux propriétaires bailleurs. Vous avez probablement entendu les conseils usuels : exiger trois fois le loyer en revenus, souscrire une assurance, appeler l’ancien bailleur… Ces précautions, bien que nécessaires, ne sont que la surface du problème. Elles se concentrent sur la solvabilité supposée, un indicateur souvent trompeur et de plus en plus falsifié. Face à un locataire de mauvaise foi ou à un accident de la vie, ces garde-fous se révèlent souvent insuffisants si les fondations de votre dossier sont fragiles.
Mais si la véritable clé n’était pas de trouver le locataire parfait, mais de construire une forteresse juridique si robuste que le risque d’impayé est maîtrisé à la source et que toute procédure de recouvrement devient une simple formalité ? La véritable protection ne réside pas dans la confiance, mais dans la procédure. C’est la qualité de votre préparation, la précision de vos documents et la rigueur de vos actions qui feront foi devant un juge et qui décourageront les litiges avant même qu’ils ne naissent.
Cet article n’est pas une liste de conseils. C’est un protocole strict, inspiré par la pratique du recouvrement. Nous allons examiner, point par point, les moments de rupture où un propriétaire non préparé perd le contrôle et comment anticiper chaque risque. De l’analyse forensique des pièces du dossier à la rédaction chirurgicale du bail, en passant par la gestion millimétrée du premier incident de paiement, vous apprendrez à penser et agir non plus en simple bailleur, mais en gestionnaire de risque averti.
Pour naviguer efficacement à travers ce protocole de sécurisation, voici les étapes clés que nous allons détailler. Chaque section est conçue comme un module de blindage pour votre pratique locative, vous armant des connaissances procédurales indispensables pour protéger votre patrimoine.
Sommaire : Le protocole complet pour sécuriser votre investissement locatif
- Faux bulletins de salaire : les 4 détails qui trahissent un dossier falsifié
- GLI privée ou caution Visale : laquelle protège le mieux en cas de dégradation ?
- Pourquoi utiliser un modèle de bail gratuit téléchargé sur internet est dangereux ?
- Le courrier type à envoyer à J+3 pour éviter que la dette ne s’installe
- L’erreur de retenue sur caution qui vous mènera au tribunal à coup sûr
- Bail unique ou baux individuels : quelle formule protège le mieux contre les impayés ?
- Recouvrement et hypothèque légale : jusqu’où aller pour récupérer les fonds de la copro ?
- Comment déchiffrer votre compte rendu de gestion trimestriel sans être comptable ?
Faux bulletins de salaire : les 4 détails qui trahissent un dossier falsifié
La première ligne de défense est l’analyse du dossier de location. Ne vous contentez pas de vérifier si les revenus atteignent le seuil des « trois fois le loyer ». Vous devez agir en enquêteur, car la fraude documentaire est une pratique industrielle. Une étude récente révèle que plus d’un dossier sur 5 à Paris comporte au moins un élément frauduleux, un chiffre en augmentation constante. Accepter un dossier falsifié annule de facto la plupart des garanties et vous place dans une situation de faiblesse extrême. Votre rôle est de rechercher des indices concordants et des incohérences matérielles. Adoptez une approche systématique pour débusquer les anomalies, même les plus subtiles.
Voici quatre techniques de vérification procédurale que vous devez intégrer à votre protocole :
- L’analyse des métadonnées : Un document PDF n’est pas une simple image. Faites un clic droit sur le fichier, allez dans « Propriétés » puis « Détails ». Un bulletin de salaire légitime est généralement généré par un logiciel de paie (Silae, Cegid). Si le champ « Application » ou « Créateur » mentionne un logiciel de retouche comme Photoshop, Illustrator ou un convertisseur en ligne, c’est un drapeau rouge majeur.
- Le croisement des données : Ne lisez jamais un document isolément. Comparez le taux de prélèvement à la source indiqué sur la fiche de paie avec celui de l’avis d’imposition. Un écart significatif est un signe quasi certain de manipulation des revenus sur l’un des deux documents. De même, vérifiez la cohérence des numéros de sécurité sociale, des adresses et des dates d’embauche entre les différents justificatifs.
- La vérification officielle : Pour l’avis d’imposition, utilisez systématiquement le service gratuit de vérification sur le site impots.gouv.fr. Il vous suffit de saisir le numéro fiscal et la référence de l’avis fournis par le candidat pour confirmer instantanément l’authenticité et la concordance des chiffres. C’est une étape non négociable.
- L’exigence de l’original : Lors de la visite ou de la signature du bail, demandez à consulter les originaux des documents (bulletins de salaire, contrat de travail). La falsification d’un document papier, avec son grain et ses éventuels tampons, est techniquement plus complexe et plus risquée qu’une simple retouche sur un fichier numérique. Un refus ou une hésitation du candidat est un signal d’alerte.
Cette phase d’enquête n’est pas de la méfiance, mais de la diligence professionnelle. Chaque incohérence relevée est une potentielle porte d’entrée pour un futur litige. Documentez rigoureusement chaque étape de votre vérification.
GLI privée ou caution Visale : laquelle protège le mieux en cas de dégradation ?
Une fois le dossier validé, la question de la garantie se pose. Les deux principaux mécanismes sont la Garantie Loyer Impayé (GLI) privée et le dispositif Visale. Présentées comme des solutions miracles, elles obéissent pourtant à des logiques et des contraintes très différentes, notamment sur un point critique souvent sous-estimé : la couverture des dégradations locatives. Le choix ne doit pas se faire sur le seul critère du coût, mais sur une analyse froide de votre aversion au risque et de la nature de votre bien. Une GLI est un contrat d’assurance privé, tandis que Visale est un cautionnement proposé par Action Logement. Cette distinction est fondamentale.

Pour y voir clair, il est impératif de comparer les mécanismes point par point, au-delà des arguments marketing. Un contrat se juge sur ses exclusions et ses plafonds, pas sur ses promesses.
Le tableau suivant détaille les différences fondamentales entre les deux systèmes. Portez une attention particulière aux lignes « Plafond dégradations » et « Franchise », qui sont souvent les points de friction en cas de sinistre.
| Critère | GLI privée | Visale |
|---|---|---|
| Coût pour le bailleur | 2-4% du loyer annuel | Gratuit |
| Plafond dégradations | Variable selon contrat (généralement 7 000-10 000€) | 2 mois de loyer (parc privé) |
| Délai de carence | Généralement 3 mois | Aucun |
| Franchise | Souvent 1 mois de loyer | Aucune |
| Durée maximale impayés | Variable (12-36 mois) | 36 mois dans le parc privé |
| Procédure déclaration | Variable selon assureur | Déclaration en ligne sur espace personnel |
Étude de cas : Impayés et dégradations, le verdict du terrain
Imaginons un propriétaire face à 2 mois d’impayés (2000€) et 3000€ de dégradations constatées par huissier. Avec une GLI classique, il doit déclarer le sinistre rapidement, mais subit souvent une franchise d’un mois de loyer (1000€). Le remboursement des impayés intervient sous 3 à 4 mois. Pour les dégradations, une expertise est souvent diligentée, rallongeant les délais de 2 mois supplémentaires. Le coût final pour le propriétaire est la franchise et une longue attente. Avec Visale, la déclaration se fait en ligne. Il n’y a ni franchise ni carence, le remboursement des loyers est plus rapide. Cependant, la prise en charge des dégradations est plafonnée à deux mois de loyer, soit 2000€ dans ce cas. Le propriétaire reste donc avec 1000€ de réparations à sa charge. Visale est plus rapide et simple pour les impayés, mais la GLI offre une meilleure protection pour les dégradations importantes, au prix d’une procédure plus lourde et coûteuse.
Pourquoi utiliser un modèle de bail gratuit téléchargé sur internet est dangereux ?
L’économie de quelques dizaines d’euros sur un modèle de bail peut vous coûter des milliers d’euros en cas de litige. Le contrat de location n’est pas une formalité administrative, c’est l’acte juridique fondamental qui régit vos droits et obligations. Un bail mal rédigé, obsolète ou contenant des clauses abusives est une porte ouverte à la contestation et peut paralyser une procédure de recouvrement. La rigueur procédurale commence ici. L’enjeu est tel qu’il a été jugé par la plus haute juridiction administrative. Comme le rappelle une décision du Conseil d’État, la charge de la preuve pèse sur le bailleur.
Les loyers non perçus sont imposables et à déclarer parmi les revenus, lorsque le bailleur ne parvient pas à prouver qu’il a entrepris les démarches nécessaires au recouvrement.
– Conseil d’État, Arrêt du 1er octobre 2015
Cette décision signifie que si votre bail est trop faible pour engager une procédure efficace (par exemple, absence de clause résolutoire), l’administration fiscale peut considérer que vous n’avez pas tout mis en œuvre pour récupérer votre dû et vous imposer sur des revenus que vous n’avez jamais touchés. Un modèle gratuit, souvent non mis à jour avec les dernières évolutions légales (loi ALUR, ELAN), présente des risques majeurs :
- Clauses abusives ou illégales : L’insertion d’une clause interdite (ex: imposer un prélèvement automatique) rend cette clause nulle et peut être utilisée par l’avocat du locataire pour démontrer votre mauvaise foi.
- Absence de clause résolutoire : C’est la clause la plus importante. Sans une clause résolutoire explicite et correctement rédigée, la résiliation du bail pour impayé n’est pas automatique. La procédure d’expulsion devient alors beaucoup plus longue et complexe.
- Non-conformité avec les annexes : Un bail conforme doit mentionner et annexer une série de diagnostics techniques obligatoires (DPE, ERP, etc.). Un oubli peut engager votre responsabilité et même conduire à une annulation du bail ou une diminution du loyer.
- Absence de grille de vétusté : Annexer une grille de vétusté de référence n’est pas obligatoire mais fortement recommandé. Sans elle, chaque retenue sur le dépôt de garantie pour une dégradation devient subjective et donc potentiellement litigieuse.
Plan d’action : auditez la robustesse de votre bail
- Points de contact : Listez les clauses essentielles (clause résolutoire, clause de solidarité en colocation, conditions de révision du loyer). Sont-elles présentes et rédigées sans ambiguïté ?
- Collecte : Inventoriez toutes les annexes obligatoires (diagnostics techniques valides, notice d’information, extrait du règlement de copropriété). Manque-t-il un document ?
- Cohérence : Confrontez votre bail au modèle-type officiel (loi ALUR). Les mentions obligatoires (liste des équipements, montant du dernier loyer du précédent locataire, etc.) sont-elles toutes présentes ?
- Mémorabilité/émotion : Évaluez la clarté des clauses. Un langage juridique flou ou complexe est une source d’interprétation et de conflit. Le bail doit être précis et factuel.
- Plan d’intégration : Si des clauses ou des annexes manquent, prévoyez de signer un avenant avec votre locataire actuel ou, au plus tard, d’utiliser un bail parfaitement conforme pour la prochaine location.
Le courrier type à envoyer à J+3 pour éviter que la dette ne s’installe
La gestion d’un retard de paiement n’est pas une confrontation, mais un processus. L’erreur la plus commune est d’attendre, par gêne ou par espoir d’un règlement spontané. Or, chaque jour qui passe voit la dette s’ancrer psychologiquement et financièrement. Un processus de relance doit être initié immédiatement, de manière systématique et dépersonnalisée. L’objectif à J+3 n’est pas d’être agressif, mais de signifier que le suivi des paiements est rigoureux et non-négociable. L’automatisation de ce processus est une clé, car elle établit une norme dès le début de la relation locative. Cela démontre votre sérieux et professionnalisme, un facteur qui a un impact direct sur le taux d’impayés.

Les chiffres le confirment : la gestion professionnelle réduit drastiquement le risque. Selon les données les plus récentes, on observe 1,97% d’impayés pour les logements gérés par des professionnels contre 5,33% pour ceux gérés en direct par les particuliers. La différence ne tient pas à la magie, mais à l’application d’un processus de relance strict.
Stratégie de relance progressive : le protocole qui a fait ses preuves
Un bailleur en LMNP a mis en place un protocole de relance simple et automatisé. À J+3 après la date d’échéance du loyer, un SMS et un email amicaux sont envoyés, mentionnant un possible « oubli ou incident technique » et invitant à vérifier la situation. À J+8, sans paiement, un appel téléphonique est passé pour comprendre la situation et, si nécessaire, discuter d’une solution (sans jamais accepter un report flou). À J+15, une lettre de mise en demeure en recommandé avec accusé de réception est envoyée. Cette lettre est le premier acte juridique formel de la procédure de recouvrement. Les résultats sont sans appel : 85% des retards sont réglés avant J+8, et seuls 3% des cas nécessitent d’aller jusqu’à la mise en demeure. La clé est la rapidité, la progressivité et la dépersonnalisation de la démarche.
Le courrier ou l’email à J+3 doit donc être factuel, courtois et non accusateur. Exemple : « Bonjour, sauf erreur de notre part, nous n’avons pas reçu le règlement de votre loyer pour le mois de [Mois] d’un montant de [Montant]€. S’il s’agit d’un simple oubli, nous vous remercions de bien vouloir procéder à la régularisation dans les meilleurs délais. En cas de difficulté, n’hésitez pas à nous contacter. » Ce message simple remplit un double objectif : il rappelle l’échéance et il ouvre la porte à la communication, tout en laissant une trace écrite.
L’erreur de retenue sur caution qui vous mènera au tribunal à coup sûr
La fin de la location est une étape aussi critique que son commencement. La restitution du dépôt de garantie est l’un des principaux motifs de litige entre bailleurs et locataires. Une erreur dans la procédure de retenue peut non seulement vous faire perdre la somme retenue, mais aussi vous exposer à des pénalités financières importantes. Vous passez alors de créancier à débiteur. L’approximation n’est pas permise : chaque euro retenu doit être justifié de manière irréfutable, sur la base de la comparaison entre l’état des lieux d’entrée et celui de sortie. N’oubliez pas que, même après le départ du locataire, le Code civil précise que le bailleur dispose de 3 ans pour réclamer tout impayé de charges ou de loyers.
L’erreur la plus fréquente et la plus lourdement sanctionnée est la confusion entre dégradation et vétusté. La vétusté est l’usure normale du logement et de ses équipements, elle est à la charge du propriétaire. Une dégradation est une détérioration anormale, imputable au locataire. Retenir une partie de la caution pour repeindre un mur jauni par le temps est illégal. Pour objectiver cette distinction, l’utilisation d’une grille de vétusté annexée au bail est votre meilleure arme. Elle définit une durée de vie théorique pour chaque équipement et un abattement annuel. Sans cette grille, le calcul devient subjectif et donc contestable.
Cas pratique : l’erreur fatale sur la retenue pour vétusté
Un propriétaire retient 500€ sur le dépôt de garantie pour la réfection d’une peinture murale, devis à l’appui. Le locataire conteste. Lors du jugement, il est établi que la peinture avait 8 ans. La grille de vétusté de référence (non annexée au bail mais utilisée par le juge) donne une durée de vie de 10 ans pour ce type de revêtement, avec une franchise d’un an et un abattement de 10% par an ensuite. L’usure normale (vétusté) représentait donc 80% de la valeur. Le propriétaire ne pouvait légalement retenir que 20% du coût de la réfection, soit 100€. Le tribunal l’a condamné non seulement à restituer les 400€ indûment retenus, mais aussi à payer des pénalités de retard (10% du loyer par mois de retard sur la restitution), transformant une retenue de 500€ en une dette de près de 900€.
La procédure de restitution du dépôt de garantie est stricte. Vous disposez d’un délai d’un mois si l’état des lieux de sortie est conforme à celui d’entrée, et de deux mois en cas de dégradations justifiant une retenue. Tout retard vous expose à des pénalités. Pour toute retenue, vous devez fournir au locataire les justificatifs correspondants (factures, devis signés). Un devis seul peut être contesté ; une facture acquittée est une preuve bien plus solide.
Bail unique ou baux individuels : quelle formule protège le mieux contre les impayés ?
La colocation représente une part croissante du marché locatif, mais elle introduit une complexité juridique spécifique en cas d’impayé. Le choix entre un bail unique signé par tous les colocataires et des baux individuels pour chaque chambre n’est pas anodin. Il a des conséquences directes sur votre niveau de protection, la gestion administrative et la flexibilité du contrat. D’un point de vue strict de la protection contre les impayés, une formule se détache nettement, à condition d’être correctement mise en œuvre : le bail unique intégrant une clause de solidarité et d’indivisibilité. Cette clause stipule que chaque colocataire est redevable de l’intégralité du loyer et des charges, et pas seulement de sa part. En cas de défaillance de l’un, vous pouvez vous retourner contre n’importe lequel des autres pour la totalité de la somme due.
Cependant, cette sécurité a un coût en termes de flexibilité, notamment pour la gestion des départs. Chaque option présente un arbitrage entre sécurité et complexité, qu’il convient d’analyser froidement.
Ce tableau compare les deux approches sur les critères clés de la gestion du risque pour le bailleur.
| Critère de protection | Bail unique | Baux individuels |
|---|---|---|
| Risque d’impayé | Faible (clause de solidarité) | Plus élevé (risque individuel) |
| Risque de vacance | Élevé (tout ou rien) | Faible (partiel possible) |
| Complexité administrative | Simple au quotidien | Gestion multiple |
| Flexibilité départs | Très complexe (avenants) | Simple (résiliation individuelle) |
| Screening social | Auto-régulation par colocataires | Contrôle direct bailleur |
| Recouvrement | Facilité (plusieurs débiteurs) | Individuel uniquement |
Face à ce dilemme, il est possible de mettre en place une stratégie hybride pour cumuler les avantages. Il s’agit d’optimiser le bail unique pour le rendre plus flexible, tout en conservant sa force juridique.
- Conservez un bail unique pour le bénéfice de la clause de solidarité. C’est votre protection principale.
- Intégrez une clause spécifique sur le remplacement d’un colocataire sortant, vous donnant un droit de veto sur le candidat présenté par les colocataires restants, après examen de son dossier.
- Prévoyez une procédure de désolidarisation claire pour le colocataire sortant, qui prend fin légalement 6 mois après son départ (ou dès son remplacement si celui-ci intervient avant).
- Si le niveau de risque le justifie, exigez un garant qui se porte caution solidaire pour l’ensemble de la colocation, ajoutant une couche de sécurité supplémentaire.
Recouvrement et hypothèque légale : jusqu’où aller pour récupérer les fonds de la copro ?
Lorsqu’un impayé est avéré et que les relances amiables ont échoué, la question du recouvrement forcé se pose. Engager une procédure judiciaire a un coût et une durée non négligeables. L’erreur serait de se lancer tête baissée sans une analyse préalable de la situation. Le titre de cette section mentionne l’hypothèque légale en copropriété, mais le principe s’applique à tout bailleur : il faut mener une analyse coût-bénéfice avant d’engager des frais. Aller jusqu’au bout pour récupérer ses fonds est un principe, mais le faire de manière stratégique est une nécessité économique. La première question à se poser est : mon locataire est-il solvable ? Lancer une procédure coûteuse contre une personne insolvable est une pure perte d’argent et de temps.
Avant d’assigner au fond, des étapes intermédiaires, plus rapides et moins coûteuses, doivent être envisagées. La procédure d’injonction de payer est souvent la plus pertinente pour une dette de loyer non contestée. Elle permet d’obtenir un titre exécutoire sans audience, à condition que le dossier soit solide et la créance incontestable. C’est ici que la qualité de votre bail et de vos preuves (mises en demeure, etc.) prend tout son sens. Une procédure ne s’improvise pas ; elle se prépare. Il s’agit d’un calcul rationnel, pas d’une réaction émotionnelle.
Analyse coût-bénéfice d’une procédure de recouvrement
Un propriétaire fait face à 3 000€ d’impayés. Il évalue ses options : la conciliation de justice (gratuite, mais faible taux de succès), l’injonction de payer (environ 35€ de frais de greffe + 150€ de frais d’huissier pour la signification, succès moyen) ou l’assignation au fond (avocat obligatoire, coût moyen 1 500€ + frais d’huissier, succès élevé mais procédure de 6 à 12 mois). Avant de décider, il demande à un huissier une enquête de solvabilité sur son locataire, qui se révèle être en CDI. Face à une solvabilité avérée, il opte pour l’injonction de payer. La procédure aboutit en 3 mois et lui coûte au total 185€. Il a ainsi évité une procédure d’assignation longue et dix fois plus coûteuse, pour un résultat identique. Le choix a été guidé par les données, pas par le principe.
La décision de lancer une procédure de recouvrement doit donc être le fruit d’une démarche structurée : 1. Qualification de la créance : Est-elle certaine (non contestable), liquide (montant précis) et exigible (délai de paiement dépassé) ? 2. Évaluation de la solvabilité du débiteur : A-t-il des revenus saisissables, des biens ? 3. Choix de la procédure : En fonction des deux premiers points, opter pour la voie la plus efficiente (conciliation, injonction de payer, assignation).
Engager des frais importants n’a de sens que si la probabilité de récupérer les fonds, ainsi que les frais engagés, est élevée.
À retenir
- La prévention, par une enquête rigoureuse sur les dossiers, est systématiquement plus efficace et moins coûteuse que le curatif.
- Votre contrat de location est un document juridique qui engage votre responsabilité. Sa rédaction doit être précise, conforme à la loi et anticiper les litiges.
- Chaque action, de la relance pour un retard de paiement à la retenue sur le dépôt de garantie, doit être systématique, documentée et procédurale pour être défendable.
Comment déchiffrer votre compte rendu de gestion trimestriel sans être comptable ?
Avoir construit une forteresse juridique est la première étape. La seconde est de piloter activement la performance de votre investissement. Si vous avez délégué la gestion à une agence, le compte rendu de gestion (CRG) est votre tableau de bord. Le déchiffrer ne doit pas se limiter à vérifier la somme qui vous est virée. C’est un outil de diagnostic qui, si bien lu, vous alerte sur les problèmes latents bien avant qu’ils ne deviennent critiques. Vous devez passer d’une lecture passive à une analyse active, en calculant quelques indicateurs clés de performance (KPIs) et en identifiant les lignes comptables qui doivent déclencher une alerte.
Ne vous noyez pas dans les détails. Concentrez-vous sur trois points d’analyse. Premièrement, les indicateurs de performance réels. Calculez votre Taux d’Occupation Réel (nombre de jours loués sur la période / nombre de jours total) pour mesurer la vacance locative. Calculez votre Rendement Net-Net en déduisant toutes les charges, frais et impôts des loyers perçus. Deuxièmement, les lignes d’alerte. Des « frais de relance » récurrents, même s’ils sont refacturés au locataire, indiquent une difficulté de paiement chronique qui pourrait dégénérer. Des « frais d’intervention technique » non prévus et fréquents peuvent signaler un problème d’entretien plus profond ou un manque de suivi du gestionnaire. Enfin, le CRG est un outil de pilotage fiscal. Utilisez-le pour provisionner mensuellement votre futur impôt sur le revenu foncier (une provision de 30% des revenus nets est une base prudente) et pour identifier et classer méthodiquement toutes les charges déductibles au fil de l’eau. Conserver les justificatifs attachés à chaque CRG vous fera gagner un temps précieux lors de votre déclaration fiscale.
En analysant ainsi votre CRG, vous ne subissez plus la gestion, vous la pilotez. Vous êtes en mesure de questionner votre gestionnaire sur des points précis, d’anticiper les problèmes et d’optimiser la rentabilité de votre bien en toute connaissance de cause.
Pour transformer ces principes en actions concrètes, la première étape est de réaliser un audit complet de votre bail et de vos procédures actuelles, afin d’identifier et de corriger chaque faille avant qu’elle ne soit exploitée.
Questions fréquentes sur la gestion des risques locatifs
Quels sont les KPIs clés à calculer à partir du compte-rendu ?
Le Taux d’Occupation Réel (nombre de jours loués/365), le Rendement Net-Net (loyers perçus – toutes charges et frais / valeur du bien), et le coût de gestion par euro encaissé (frais d’agence / loyers perçus).
Quelles lignes comptables doivent déclencher une alerte ?
Les frais de relance indiquent des difficultés de paiement, les frais d’intervention technique non prévus questionnent l’entretien, la vacance locative interroge sur la stratégie de commercialisation.
Comment anticiper sa déclaration fiscale avec le compte-rendu ?
Provisionner mensuellement 30% des revenus locatifs nets, identifier et documenter toutes les charges déductibles au fur et à mesure, conserver les justificatifs classés par trimestre.